ACCUEIL / PODCASTS

Contexte

La focale écrase la profondeur de la réalité. Rendu 2D. Mise en valeur du sujet. Au premier plan, le comptoir en acajou réhaussé de cuivre pâtiné. Je suis dans un café qui se la joue bistrot parisien. Au second plan la porte ouverte, rectangle blanc de lumière aveuglante de ce mois de mars étrangement chaud. La terrasse est floue derrière la baie vitrée dépolie. Insère d’un plan débullé de l’avant d’un bus négociant le virage pile dans l’axe de la porte et débordant sur le trottoir. Grosses basses vibrantes d’un moteur diésel au ralenti.

Intérieur d'un bistrot.

J’ai froid. Mes aisselles sont trempées de sueur froide. Je hais le coton. J’ai les mains gelées. Je plisse les paupière à cause de la lumière. J’ai mal aux yeux. L’usage du smartphone me pète les yeux.

Voljum – arbor lumia dans mon casque. J’aime beaucoup Voljum, c’est un compositeur qui mélange jazz et l’électro complexe.

Voljum

L’endroit est pratiquement vide. Trois personnes avec moi plus la barmaid derrière son comptoir, très affairée; Gestes précis. Cerveau et corps coordonnés décomponsant le travail en micro-tâches pour aboutir à l’image d’ensemble. Le couple en face de moi boit de l’alcool, plate pour elle dans un ballon très haut sur une seule patte, bullée et ambré pour lui dans un verre à bière élancé et siglé. Ils picorent compulsivement leurs cacahuètes. Je n’ai que l’image, j’invente des histoires basée sur leur langage corporel. Ils ne sont pas bien assortis. Depuis que je viens ici j’observe des couples qui concrétisent IRL leur rencontre sur un réseau social dédié. Je trouve ça étrange. Mais eux semblent se connaître depuis longtemps.

La musique d’ambiance est une compile de… J’enlève mon casque. D’habitude c’est de la variété française jouée un peu trop fort mais là c’est en sourdine…on dirait de l’orgue Hammond… Je ne sais pas ce que c’est. Je m’en fous. Je remets Voljum très fort. J’ai fini les 50 cl de mon diabolo cerise. L’air sent le vieux cigare. Ça reste acceptable même si c’est désagréable.

Étrange sensation. À quelques milliers de kilomètres d’ici, on hurle, on pleure, on meurt sous les bombes, folles et fous de terreur, le ciel est obscurcis par les fumées des raffineries en feu, la cohérence même de l’air est déchirée par les moteurs hurlants à réactions des jets de combat et des missiles balistiques. La mort frappe en hurlant des non combattants, femmes, hommes et enfants. Désignés par des algorithmes histoire de déresponsabiliser un peu plus les bourreaux et de déhumaniser un peu plus les victimes.

J’ai passé douze mois dans l’armée à attendre sur un aéroport militaire en tant que pompier lors des atterrisages et des décollages de ces machines violentes. Je connais les son des moteurs des F16 et autres Mirages 2000. Je sais quel niveau de décibels ces engins sont capables d’engendrer.

Un niveau auquel les tympans ne peuvent être soumis sans casque anti-bruit à moins de 100 mètres sous peine d’irrémédiabilité handicapante.

Ces fréquences rendent l’air concret et compact le transformant en mur invisible vibrant les tripes, accélérant le coeur. On n’imagine pas à quel point les machines militaires ne respectent aucune des normes imposées aux machines civiles.

À quel point elles sont polluantes et consommatrices de ressources fossiles. On ne sait pas quelle terreur primale, animale, peut nous prendre quand on est confronté aux sons émis par un hélicoptère de combat diffusant ses infrabasses en mode stationnaire le temps de décharger ses mitrailleuses de gros calibre et ses roquettes dans un pays exempt de conflit armé depuis plusieurs générations sur son sol.

Ce son a le pouvoir de réveiller le trauma collectif d’une espèce qui a longtemps été chassée par des prédateurs plus forts et plus rapides qu’elle.

La guerre n’est pas un concept, c’est une réalité dévastatrice, pour l’esprit qui la vit, directement ou par écran interposé.

La guerre c’est la peur permanente, la peur de sentir sa vie arrachées de ses os, dépecé à tout moment de manière brutale et violente, sans anesthésie.

La guerre c’est la mort de l’esprit comme on mouche la flamme d’une bougie, de tout ce qui fait d’un.e Humain.e un.e Humain.e. C’est une peur de niveau obscurité abysse insondable.

Dans ma famille on a vécu trois guerres dont une contre les Franquistes et dans la foulée celle contre les Nazis.

Je crois que le trauma collectif de mes ancêtres perdure en moi. J’ai une haine viscérale pour ceux qui propagent cette maladie mentale qui consiste à rendre légal, en le justifiant, le meurtre de masse d’êtres humain.e.s et de tout l’écosystème pour servir des intérêts qu’on sait être particuliers, par des mensonges grossiers.

La guerre est un crime droit international ou pas. Toute personne qui déclenche une guerre doit être arrêtée et traduite en justice sur le champ. Nous devons impérativement repenser notre idée de la démocratie et de la délégation de pouvoir.

Pour commencer nous devons ne jamais donner le pouvoir à celles et ceux qui le réclament fusse au travers d’élections démocratiques. Nous devons interdire l’exercice du pouvoir personnel par un contrôle permanent de ceux à qui on permet de parler en notre nom.

Et à tout moment on doit pouvoir leur retirer toutes leurs prérogatives. Quand on voit que N. Sarkozy se permet de réclamer l’immunité présidentielle pour être disculpé de ses crimes, dont une guerre, on croit rêver. Ces gens n’ont jamais honte. Il faut que ça cesse.

Image de la rappeuse française EKLOZ

Hasard de la sérendipité, je suis tombé sur une rappeuse française du nom d’Ekloz. Très intéressante. J’ai fais une croix sur le Hip-hop français au début des années 2000. Ce mouvement a renié ses origines sociales pour embrasser de manière écoeurante l’idéologie capitaliste et l’icônographie du gangster misogyne et masculiniste.

Mais là, d’un coup, ovni. À tel point que ça me donne envie d’en faire des remixes. Textes, flow, utilisation de l’autotune de manière créative, des glitchs, ça se mélange à l’électro, ça refuse d’être cataloguée en genre, et visuellement c’est léché. Je n’aime pas tout mais certains morceaux sont vraiment bons. Non, franchement, il faut que je creuse, il y a quelque chose qui se passe dans le Rap français qui sort des sentiers rebattus du Hip-hop conservateur et mainstream à la papa.

J’ai vu qu’Ekloz a participé à une émission de téléréalité appellée Nouvelle école. Le Rap est devenue la bande-son mainstream d’une industrie au point d’avoir son émission de télécrochet? Quelle tristesse. Je ne regarde plus la télé depuis vingt ans. La dernière fois que j’ai vu un groupe être formé sur le petit écran c’était les L5.

Apparemment une nouvelle générations de rappeur.eu.se a décidé que le Rap à la Oxmo Puccino dont j’ai été friand à une époque – texte, jeux avec les mots et la prosodie – a pris et un coup de vieux et un tour réac’. Ce qui est vrai. Apparemment les vieux rappeurs deviennent des vieux cons. À moins qu’ils ne l’étaient déjà à l’époque mais que ça ne se voyait pas encore.

Bien sûr comme toutes les femmes Ekloz n’échappe pas au sexisme ordinaire. Et sur les réseaux et dans l’industrie qui pense qu’une artiste doit utiliser son corps pour appâter le client et vendre de l’album.

Qu’une rappeuse soit sexy ne me pose pas de problème, du moment qu’elle le fait par choix, le corps est notre carosserie, il est visible par toustes, on peut le mettre en avant, c’est aussi une oeuvre d’art, en tous cas c’est une partie de nous. Mais que ce soit une stratégie marketing imposée par des exécutifs hommes, fondé sur un type de corps, forcément athlétique, féminin et hyper sexualisé, non.

Ekloz fait partie de ces nouvelles artistes qui ne veulent pas transiger, ni avec leurs valeurs morales, ni avec leurs opinions politiques, ni avec leur art. L’industrie n’encourage jamais la créativité. L’industrie cherche à reproduire une recette qui lui rapporte au détriment des artistes qui deviennent alors des exécutant.e.s au service d’un cahier des charges établis par des équipes marketing et des comptables.

Le Hip-hop est depuis le départ une musique aux origines multiples et changeantes. Le Hip-hop est sous infliuence permanente. Dans le tournant des années 2000 le Rap est devenu la seule composante du Hip-hop pour le grand public et le sampleur un instrument qui a remplacé les DJs. Aujourd’hui l’industrie produit un Rap qui n’est qu’une photocopie ad vitam de lui-même, jusqu’à la caricature. Des artistes comme Ekloz renouvelle le Rap et montrent que le Hip-hop n’est pas mort finalement.

Ekloz

Image du visage d'un personnage de type manga

Cette nouvelle session de D.a.N.G.e.R a.N.d K.u.TS a pour nom SUPRFLAT. Le nom m’est venu en retombant par hasard sur d’anciennes productions du Studio 4°C, un studio d’animation japonais assez avant-gardiste au début de la première décennie 2000. Le film le plus connu de ce studio étant Amer béton. Superflat est un mouvement d’art contemporain influencé par l’anime, le manga et par la pop-culture japonaise d’après-guerre à travers la sous-culture otaku.

Amer béton

Super flat dénonce par ses formes esthétiques la superficialité de la culture consumériste japonaise. C’est Takashi Murakami qui en est le chef de file. C’est sa pub nommée First love, un court-métrage pour Vuitton dans le style Super flat qui m’a marqué.

Bon, évidemment toute forme d’art qui dénonce finit par être récupéré par ce qu’il dénonce…

Superflat

Studio 4°C

First love

Tiens, mes mains se sont réchauffées. Je vais rentrer.

À plus…


le contenu de ce blog est librement copiable et partageable selon les termes et conditions de la licence CC BY-SA 4.0 


ACCUEIL / PODCASTS 

nitromthemetronome site web

Internet Archive – téléchargements 

KKんツ – Linktr.ee