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Le mot café comme le mot cinéma est un mot polysémique qui désigne plusieurs choses. Dans le cas du café c’est à la fois un lieu et un aliment.
Je ne suis pas spécialement accroc à cette boisson. C’est surtout que c’est celle qui convient le mieux à mon budget. Je la bois noire, allongée et sans sucre. Mais personnellement je préfèrerais boire d’autres types de boissons comme du thé d’orge ou de la chicorée. Mais en France on n’en est pas encore à proposer autre chose que ce végétal qui est à la fois chargé historiquement en terme d’atteinte aux droits humains mais aussi une catastrophe sur le plan écologique. Néanmoins je prédis que l’économie du café finira par s’effondrer et que d’autres végétaux torréfiés prendront le relais; chicorée, orge, malte, sarrasin, glands, etc…
Je déambule dans Poitiers après avoir passé une nuit blanche pour livrer en temps et en heure la nouvelle session de DNGRNKTS.
Il fait bon. Un peu frais. Banalités…
En ce moment je suis entre deux cafés comme on est entre deux boulots alimentaires, expression pudique pour dire qu’on est sans travail.
Les cafés, le lieu m’est indispensable quand il s’agit de création artistique.
Sortir de chez moi tous les jours, comme d’autres sortent, contraints, pour se rendre sur un lieu d’exploitation, un lieu qu’on persiste à qualifier de travail, me permet de structurer la temporalité de ma journée qui sinon serait une sorte d’instant figé entre la sortie du sommeil et le retour à l’état de sommeil sans transition.
Je pense à la prochaine émission. J’ai envie de me faciliter la tâche et de sortir la tête. Je suis fatigué de l’apnée. Je vais faire un nouveau ONE ARTIST SESSION cette fois. Je crois. Il y a un moment que j’ai envie de jouer du Moe Shop mais je n’arrive pas à l’intégrer à mes hypermixes. C’est un artiste français qui vit à Tokyo et qui est très influencé par les Daft punk et le groupe Justice, entre lignes de basse disco et rock crunchy. C’est un gros son bien gras plaisant à écouter.
Ouaip. Je vais faire ça.
ONE ARTIST SESSION – AOS – KAMOME SANO

Je profite de la température pour me mettre en terrasse avec le casque sur les oreilles et la musique à fond. La réalité est un film sur lequel je projette mes propres affects. À côté de moi il y a un couple de personnes plus jeunes qui dessinent des rosaces en noir et blanc au Posca. Les rosaces c’est comme les labyrinthes ou les madalas, c’est une mystique qui délasse.
L’espace public est un étrange endroit où se côtoient dans un mouchoir de poche toutes les strates de la société. Là une militante politique de Gauche radicale que je connais de vue, là une personne qui fait la manche et qui inquiète la bourgeoisie du plateau qui aimerait bien qu’on clôture la place Notre-dame pour leur seuls usages. Crétins congénitaux…
Là, des grappes d’étudiant.e.s, là un tas de cagettes, là un groupe de doudounes bleues accroché à leur smartphone de boomers pendant que leur petite descendance aimerait bien que leur grands ascendants s’occupent un peu d’eux.
On stigmatise les jeunes générations pour leurs pratiques compulsives du smartphone, une nouvelle façon pour les réactionnaires de critiquer les jeunes qui ne sont jamais assez quoi que ce soit pour eux, pourtant cette génération de grands-parents passe sa vie sur les ardoises magiques pour éviter d’avoir à se parler. Avant les mecs allaient tondre la pelouse ou caresser la carrosserie de leurs bagnoles à défaut de caresser leur compagne, maintenant tout le monde s’absorbe dans la fachosphère pour aller y trouver une justification à sa vision du monde petit bourgeois où la moindre altérité engendre une panique morale hystérique.

Je viens de finir Eutopia de Camille Leboulanger, un pavé de plus de 800 pages qui se lit très vite. Écriture fluide.
C’est un roman d’anticipation post-apo-capitaliste qui met en pratique les théories de Bernard Friot concernant le salaire à la qualification personnelle. À ne surtout pas confondre avec le projet éco-libéral du revenu universel qui est une allocation qui comme toutes les allocations n’a qu’un but, le contrôle social. C’est le truc défendu par les tous libéraux des sociaux démocrates socialistes jusqu’à la droite la plus raciste. Une manière de ne donner aucun droit, l’équivalent d’un RSA mais pour tout le monde.
Alors que le but du salaire à la qualification personnelle est de permettre l’autonomie de l’individu et sa réalisation politique pleine et entière.
Si comme moi vous vous intéressez au salaire à la qualification personnelle mais que la démonstration universitaire de Friot vous saoûle quelque peu, le bouquin de Leboulanger est parfait. On y suit l’itinéraire de vie d’un homme, de sa petite enfance à sa vieillesse avancée sous la forme de mémoires à la première personne. L’action se déroule dans un futur indéterminé, environ 200 à 400 ans d’ici, c’est pas très clair, après un moment non pas d’effondrement de la société mais de quelque chose de beaucoup plus sombre.
On parle de camps dans lesquels ont été enfermés pendant plusieurs générations des individus indésirables à cause de la politique raciste Européenne. Des réfugiés climatiques chassés par Frontex ou équivalent et toutes sortes de gens qui vont des personnes handicapées, aux Queers, en passant par les opposants politiques et tout ce que le système a désigné comme étant problématique. Enfermés et surveillés.
Ce n’est jamais explicitement mentioné car les lieux n’ont plus les mêmes noms, ni probablement, à cause du changement climatique, la même géographie, mais ça se passe en Europe. De ces camps a émergé une autre vision du monde qui s’est concrétisée par une déclaration dîte d’Antonia pour le nom de la ville où ça s’est passé et qui a donné naissance à une société totalement collectiviste.
Leboulanger en plus de la mise en application pratique du salaire à la qualification personnelle y a introduit une réflexion sur une société sans propriété privée, uniquement d’usage et qui se perd à la mort de l’individu – pas d’héritage – et où la famille telle que nous la concevons aujourd’hui n’existe plus; les enfants sont élevés par le collectif dés l’âge de 3 ans.
Pour moi ce bouquin c’est de la bonne vulgarisation politique de sujets très techniques sinon. C’est une bonne base de réflexion.
Salaire à la qualification personnelle
Camille Leboulanger raconte Eutopia en vidéo
Le gouvernement illégitime qui gouverne la France depuis que les résultats des élections législatives ont été balayés d’un revers de main par Macron en 2024 continue sa course à faire voter – le terme ne veut plus rien dire tant l’Assemblée nationale n’est plus qu’une chambre d’enregistrement dénuée de tout pouvoir – tout un arsenal légal dont les sous-doués du RN pourront bénéficier sans avoir à se faire de noeuds au cerveau si jamais ils remportent les prochaines présidentielle.
Spoiler alert: Ils n’ont aucune chance ailleurs que dans les rêves humides de la bourgeoisie la plus rance et l’éditorialisme de plateau sur télé raciste.
Mais cette fuite en avant autoritaire reste dangereuse et anormale dans un pays qui se prétend démocratique car toutes ces lois se votent en dehors du cadre législatif normal.
Lois anti-pauvres, anti-squat, anti-free parties, et autre loi anti-critique de l’état raciste et génocidaire israélien. C’est magnifique. Nous savons que l’Histoire nous jugera durement pour tout ce qui se passe au Moyen-Orient depuis plus deux ans mais tous ces « marche ou crève » bas du front continuent dans l’ignominie. Et nous sommes sidérés et désemparés devant tant de crétinerie forcenée. Ces gens méritent qu’on leur paie un internement en hôpital psy.
Bon bien sûr s’il n’y avait pas tous ces flics armés et ultra violents pour les protéger et si nous étions moins bien éduqués nous aurions déjà pendu quelques uns des ces débiles profonds aux portes des villes histoire de faire des exemples pour calmer les autres. Mais comme je le disais, nous sommes éduqués et polis et je crois aussi, que contrairement aux ancêtres, nous savons que la violence ne résoudra pas nos problèmes. La révolution du type « grand soir » qui fait mouiller les révolutionnaires qui arborent le Che sur des T-shirts fabriqués en Chine ou au Bangladesh par des ouvrières sous-payées a fait long feu, et c’est tant mieux. Aucune révolution n’a fonctionné sur le temps long et n’a toujours accouché que d’une tyrannie supplémentaire aboutissant toujours à l’écrasement des plus pauvres. La révolution c’est un jour sans fin, ça se mord la queue. Je pense que les nouveaux Humains sont plus malins.
Les Raves puis les Free parties sont la bête noire des réactionnaires de tous les pays. Ça a d’abord été sous la très très à droite Thatcher dont le corps pourri quelque part dans le sol du Royaume-unis dans l’indifférence générale qui voyait là un peu trop de liberté à son goût et une possibilité de création de nids de contestation.
Non, il fallait empêcher les jeunes de s’amuser, de socialiser en dehors des lieux autorisés, de consommer des drogues récréatives autres que celles qui rapportent des taxes à l’état. Il fallait briser toute une génération dans son désir d’émancipation.Il fallait empêcher toute une génération de rêver qu’autre chose est possible, il fallait imposer TINA. J’espère que Thatcher se fait bien cuire le cul en Enfer.
Ça a continué de l’autre côté de la Manche, ici dans la très droitdelommiste France éternelle petite fille de l’Église mon cul sur la commode avec les mêmes raisons, les mêmes recettes – amendes, confiscation et/ou destruction de matériels, criminilalisation de la fête sous prétexte de trafics de drogues et atteinte à la sacro dainte propriété privée. Comme si l’alcool et la nicotine n’étaient pas des drogues puissantes, dangereuses, tueuses, et largement consommées tout en étant en vente libre au coin de toutes les rues, nombreuses de ce pays du fromage…
Comme si les clubs/discothèques et autres lieux de nuit autorisés par l’officialité n’étaient pas des antres de perdition où se pratiquent l’incivilité et le viol en réunion tous les weekends. Non, il faut impérativement cornaquer cette jeunesse, lui enlever le peu d’espoir qui lui reste, le peu d’espace qui échappe encore à l’État et aux entreprises. Tout doit être réglementaire et payant.
Il faut demander l’autorisation, comme des gosses incapables de s’occuper d’eux-mêmes. Comme les auto-attestations du confinement.
L’auto organisation c’est un truc d’anarchistes et donc potentiellement un truc dangereux pour la bourgeoisie. Qui sait. Et si après l’autogestion de la fête il venait à la tête de quelques un.e.s qu’on pourrait très bien autogérer une business… Et si on s’apercevait qu’un.e patron.ne ça ne sert finalement à rien.
Mais comme d’habitude ces gens s’illusionnent, bouffis qu’ils sont de leur ignorance des autres et de la vie des vrais gens. Ceux qui ne passent pas leur vie dans les salons feutrés des institutions à toucher des salaires de cadres supérieurs et les avantages en nature et souvent à vie qui vont avec.
La liberté est chevillée au Humains comme au reste du vivant. C’est un logiciel qui tourne en sourdine en arrière-plan et qu’on remarque comme l’air qu’on respire automatiquement uniquement quand il vien à manquer. Le désir de liberté augmente proportionnellement avec la coercition qu’on nous applique. La tyrannie ne peut pas faire disparaître la liberté et encore moins le désir de liberté. Elle peut la faire disparaître de l’espace public mais pas de l’espace mentale. La résistance est un état d’esprit. Tout le monde l’a à un degré ou à un autre. Quand enfin il devient visible alors c’est qu’il n’y a plus rien pour l’empêcher de tout emporter sur son passage.
Macron, Darmanin, Retailleau, toute la cohorte des préfets, et toute la classe politique réactionnaire bourgeoise n’a visiblement aucun vrai problème dans sa vie pour chercher tous les jours comment ils vont pouvoir emmerder des millions de gens qui ne leur ont rien fait à part respirer le même air qu’eux. Ce qui apparemment est un crime en soi.
Il n’y a pas une crise écologique existentielle en train de se dérouler, pas de fachos autobronzés en train d’improviser une partie de Risk avec des vrais armes dont celles nucléaires et des vrais gens. Non. Il n’y a pas non plus une crise financière qui n’attend qu’une pichenette pour exploser et nous balancer son pus à la tête. Non.
C’est marrant que ces gens ne vivent pas dans la peur d’un retour de bâton d’autant plus violent que ça fait des années, environ 40 que la très grande majorité fait comme les vaches sous la pluie, le dos rond en attendant que ça passe. Même les vaches ça se met en colère quand on les pousse un peu trop loin. Et ça bouge plus vite qu’on l’aurait crû et ça peut aller très loin avant de se calmer.
Ces gens n’ont jamais vu de vaches de leur vie, encore moins en colère.

L’émission de ce soir s’appelle izakaya negentropy.
Une izakaya est l’équivalent d’un bistrot, d’un bar à tapas ou un pub mais au Japon. On en trouve encore des authentiques dans certaines petites ruelles de Tokyo. Ce sont des établissements où on boit beaucoup tout en mageant des plats typiques japonais – non, pas des sushis – tout en socialisant. C’est généralement un petit comptoir et 3 à 5 tabourets des fois plus mais rarement. C’est vraiment tout petit, genre placard. Les Japonais aiment les petits endroits chaleureux où ils se sentent comme à la maison. Ce n’est pas pour les touristes, il faut savoir parler japonais. Le ou la patrone boit avec les clients et ça refait le monde.
La néguentropie – en français – c’est l’inverse de l’entropie. C’est un mouvement circulaire qui a tendance à créer de l’ordre dans le chaos ou tout du moins à empêcher le chaos de progresser.
J’ai trouvé que les izakaya, si on exclue la consommation d’alcools forts en quantité dans ces lieux, sont des centres de socialisation d’un quartier et qui remettent de l’ordre dans tout ce chaos qu’est la vie.
On se retrouve dans 15 jours.
Bisous
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