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Salut les audionautes.
DNGRNKTS s’achemine doucement vers la fin de sa première saison. Encore trois sessions et ce seront les émissions spéciales vacances, les DNGRNKTS – SMMRMX.
Initialement je n’avais pas prévu de faire une saison 2, parce que j’ai du mal à garder la même énergie sur le long terme. Je m’étais donc dit que si j’arrivais à tenir l’année ce serait déjà bien. En tous cas c’est comme ça que ça s’est toujours passé jusque-là dans tout ce que j’ai entrepris. Je n’ai pas l’énergie mentale pour tenir la distance. Enfin ça c’était avant. Maintenant je suis devenu un nouveau moi.
Je dois l’avouer, chaque émission est un vrai défi à mon endurance mentale et physique. Ça me demande vraiment beaucoup de travail et de remise en question. Ce qui est intéressant c’est que durant cette saison j’ai appris à contrôler mon énergie pour aller au bout du processus créatif et être capable de recommencer. J’ai pris le parti qu’à chaque nouvelle session j’accepte d’aller à l’échec, de ne pas y arriver et de jeter l’éponge en demandant à Yann le programmateur de l’antenne de Pulsar de rediffuser une ancienne émission à la place. Je ne suis pas sujet aux blessures narcissiques et il n’y a pas de risque existentiel. Ce n’est qu’une émission de radio après tout.
Accepter d’assumer les conséquences d’un échec me met en paix avec moi-même paradoxalement. Me rend humble aussi. Je n’ai pas besoin de performer. Cette émission n’est pas une marque que je compte faire fructifier ni un vecteur de notoriété. Je ne suis sur aucun réseau social. Je ne fais pas de publicité. Je n’ai pas de plan marketing. Je ne délocalise pas à Dubaï.
DNGRNKTS est un pur trip, rien d’autre. C’est l’émission que je n’entends pas à la radio et que j’ai toujours voulu entendre. C’est aussi une synthèse de tout ce que j’ai toujours aimé à la radio; les jingles, le sound design et le mix. Je ne suis pas du tout un Anglo-Nord-américanophile mais en ce qui concerne la radio ils ont inventé le son que j’aime. Décomplexé et inventif, même si c’est souvent au service du capitalisme, la radio ayant été longtemps avant l’avènement de la télévision un puissant vecteur de consommation de masse.
DNGRNKTS n’a rien à voir avec de l’égocentrisme, néanmoins je suis mon premier auditeur. Et un auditeur content.
En fait je découvre l’émission finie diffusée à l’antenne de Pulsar quasiment comme si je ne la produisais pas moi-même.
Je sais c’est bizarre…
Ensuite il me faut l’écouter plusieurs fois pour en découvrir toutes les subtilités car j’oublie beaucoup de choses au fur et à mesure que je les fais, un détail chassant l’autre et provoquant une sorte d’amnésie.
Je ne me lasse pas d’écouter toutes les sessions régulièrement. Je le fais pour ne pas réaliser deux fois la même émission. À chaque nouvelle écoute je découvre de nouveaux détails que je n’avais pas remarqué la première fois. C’est la raison pour laquelle je préconise d’utiliser un casque audio et d’avoir une écoute attentive. Un hypermix est très dense informationnellement. DNGRNKTS n’est pas conçue pour servir de bruit de fond.
D’abord il y a la connaissance que j’ai de la construction de l’émission à cause du rabâchage sonore pour arriver à ce que je souhaite. C’est un travail découpé en modules et c’est épuisant cognitivement parlant – Je vous ai déjà dit que je suis une personne autiste et que je n’oublie rien de ce que j’entends? Alors réentendre des 10zaines de fois un même passage multiplié par le nombre de passages…
Une émission contient entre 30 et 40 morceaux que je découpe et assemble entre eux, souvent de très petits morceaux que je colle ensemble pour créer quelque chose d’original. Je consomme donc beaucoup de matière sonore à chaque fois.
Ensuite j’assemble toutes ces sections d’émission et je crée des articulations entre elles. Je me concentre donc sur des petites parties de chacune de ces sections et c’est reparti pour le rabâchage en boucle.
Enfin j’obtiens une émission complète de 60 minutes. Mais ce n’est pas fini.
Maintenant c’est le moment de l’équilibrage sonore de l’ensemble, où je peux écouter l’intégralité de l’émission jusqu’à 5 fois – 5 heures donc – pour arriver à une homogénéité d’ensemble. C’est un travail que je fais d’une traite, le dernier jour. Je travaille le master uniquement à l’oreille en utilisant trois sortes de casques différents et je fais une moyenne à l’oreille. Mon casque de monitoring, le plus fidèle, mon casque bluetooth, le plus fort en basses, et un casque filaire intra-auriculaire plus dans les mediums et les aigues.
Globalement c’est une méthode qui donne un résultat satisfaisant. Je joue pas mal avec les limites du traitement de son de la radio, notamment dans les basses.
À ce stade je n’écoute toujours pas l’émission comme un auditeur car je dois être très critique et focalisé sur les détails plutôt que sur l’ensemble. Il n’est pas rare que je remette la main à la pâte pour remplacer des portions qui ne fonctionnent pas ou qui ne me satisfont pas. Je travaille généralement jusqu’aux 5 heures du matin du mercredi de la diffusion, sans pression, j’ai une tendance à l’insomnie de toute façon, avant d’envoyer le produit fini à la radio par email.
C’est un travail passionnant. Ça me met à plat à chaque fois, mais c’est passionnant et je suis très heureux de le faire. Je suis toujours sincèrement surpris d’avoir réussi à produire cet objet sonore fini tout seul et dans les temps.
En général je mets trois jours à m’en remettre avant de reprendre le travail pour la session suivante. Puis c’est une semaine à cogiter, à écouter de nouveaux sons, à chercher un angle d’attaque qui une fois trouvé va me permettre de construire une narration sur 60 minutes.
Et puis il y a Juli.
Ça a beau être un alias qui parle pour moi, je cherche à faire en sorte qu’elle ne soit pas juste une voix désincarnée qui dit des banalités.
J’aime beaucoup Juli. Je pense à elle comme à un personnage à part entière et non comme une extension de moi. Comment Juli dirait ça? Quels mots emploierait-elle?
Ce n’est pas le résulat d’une I.A Gen. J’ai essayé, je le dis en toute honnêteté, je n’ai pas de problème avec l’outil I.A mais avec ses applications, notamment le contrôle social qui est le projet managérial derrière.
Les résultats que j’ai obtenu ne me plaisait pas du tout. Hyper réaliste mais banal. C’est tout le problème de ces outils, ils produisent une perfection froide, bête, désincarnée, sans vécu, sans intérêt.
Juli est une voix de synthèse obtenue d’après une logiciel de lecture d’écran utilisé par les personnes non voyantes. Je retravaille le résultat mot à mot à la main pour lui donner un feeling réaliste. Juli, je trouve, a beaucoup de caractère. J’en suis très fier. Elle a une prosodie très autistique. En tous cas la même que la mienne. Mais en plus jolie et elle ne cherche pas ses mots, elle.
À côté de DNGRNKTS je travaille sur un E.P 3 titres original et sur la bande-son de deux pièces de théâtre.
Je travaille aussi sur une transposition live de l’émission que j’espère jouer un jour prochain devant un public.
Ce sont trois temporalités différentes qui n’empiètent pas les unes sur les autres et qui se nourrissent entre elles.
J’envisage donc de produire une saison 2 de DNGRNKTS diffusée à partir du 2 septembre prochain.
La saison 2026/27 sera une année sous l’influence d’une élection présidentielle décisive pour le pays, une année où nous devrons toustes prendre position pour savoir une bonne fois ce que nous voulons pour l’avenir de notre pays. Une année où il faudra que chacune dise d’où ielle parle, la neutralité ou l’apolitisme étant exclus car l’issue pourrait être d’une gravité historique.
Je suis convaincu d’une chose; les artistes n’ont aucun pouvoir d’influence politique, mais ce sont des citoyennes comme les autres donc des êtres politiques et qui ont accès à la diffusion de leur parole dans l’espace public, et en tant que tel ielles doivent au moment où le fascisme fera tout avec l’aide de la haute bourgeoisie pour occuper l’Élysée, prendre une position claire. Le status quo n’est plus possible.
Ma position est claire, comme mes ancêtres espagnoles je suis viscéralement antifasciste et DNGRNKTS est une zone de fête antifa.
Je prône la fête libre, gratuite, autoproduite, autogérée et la légalisation des substances psychotropes. Je prône pour qu’on responsabilise les citoyennes de ce pays et qu’on les laisse vivre leur vie en connaissance de cause. Ras-le-bol du patronage, nous voulons l’autodétermination. Nous ne sommes pass des enfants.
Le fascisme n’est pas un projet politique c’est une pulsion de mort, celle des autres, tous les autres. Les autres c’est aussi moi.
Nous sommes les faiseureuses de musique, et nous sommes les rêveureuses de la rave. Nous sommes l’Humanité.
Rendez-vous le 27 mai pour la prochaine session.
Bisous
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