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Intérieur nuit
Colloc drag – Confort moderne – Minuit
J’ai rejoint Lydie GZR au Confort moderne. Elle y est photographe bénévole sur certains évènements.
Le son du Confort est toujours aussi trop. Trop fort. Trop de basses. Même dans la partie bar qui rediffuse le son de la salle le son est beaucoup trop fort.
Je ne comprends pas l’intérêt de distribuer gratuitement des bouchons d’oreille pour pallier au problème. Autant baisser le son et introduire une meilleure définition des mediums et des aigues. La musique électronique ne se résume pas à un kick qui écrase tout le reste.

Et il fait trop chaud.
Je remercie chaque jour la loi sur l’interdiction du tabac dans les espaces publics fermés, même si maintenant c’est l’extérieur qui pue le cendrier. Mais au moins on peut aller au concert sans s’intoxiquer passivement et sans devoir changer sa garde-robe intégralement en rentrant. Ayant travaillé dans « le monde de la nuit » une partie de ma vie et étant asthmatique, et allergique à la fumée de cigarette, c’était souvent une épreuve de baigner dans un air épaissi de la nicotine et des poisons de l’industrie du tabac.
Je vous le dis sans haine les fumeureuses, mais vous êtes des plaies. Vous savez à quel point votre habitude est dangereuse pour vous, pour les autres, à quel point ça vous vieillit prématurément, endommage votre système cardio vasculaire, à quel point ça écourte votre espérance de vie, mais aussi comme ça profite à une industrie agro-industrielle grande pourvoyeuse de pesticides qui pollue notre environnement et tue la biodiversité. Pourtant vous continuez à fumer cette mrde comme si ce n’était pas un problème. Alors qu’il existe une alternative moins dangereuse, et peut-être moins coûteuse sur le long terme. Une alternative qui ne pue pas, qui ne donne pas à votre haleine cette horrible odeur de tabac froid et qui rend la discussion avec vous, sans parler d’échanges bucaux plus intimes, pénibles.
Je ne vais pas faire l’apologie de la vape, mais c’est un moyen alternatif de fumer, qui échappe à l’idustrie, vous permet de fumer bio ou d’autres substances que le tabac, vous permet d’assembler des vapoteuses personnalisée vraiment cools et de vous seuvrer de la mrde en bâtonnets vendue chez les dealers autorisés que sont les bureaux de tabacs.
La bourgeoisie médiatique et polique s’émeut à longueur de temps sur les points de deals dans certains quartiers et sur l’économie parallèle liées aux drogues interdites. Mais bizarrement les pourvoyeurs d’addictions en tous genres qui ont pignons sur rue et dont on connait les chiffres de la mortalité engendrée ainsi que le coût pour la société dans son ensemble, là, ça va. Mais je suppose que ce qui pose problème c’est le taux de mélanine des dealers.
J’aimerais jouer à nouveau au Confort moderne mais pour l’instant je n’ai rien à proposer en live. J’y travaille en plus de la production de DNGRNKTS et de différents travaux en cours. Je ne suis pas pressé. Et s’il ne se passe jamais rien ce n’est pas grave. Tout ça n’a aucune importance. C’est de la pure vanité de ma part. L’émission me procure déjà tout ce que je cherche.
Je suis relativement heureux dans ma vie. Je mange correctement, j’ai un toit à peu près correct au-dessus de ma tête. Je passe mes journées dans les cafés à travailler. Je crée une émission qui est diffusée tous les 15 jours sur une radio non commerciale que j’aime. On m’aime pour ce que je suis. J’ai des relations interpersonnelles intéressantes. Mon cerveau est suffisamment stimulé. Je n’ai pas de comptes à rendre à une famille, aux profs ou au patronat. Je dispose de tout mon temps de vie. J’ai encore 20 ans d’espérance de vie devant moi et je suis en relative bonne santé physique. Je suis pauvre mais ça va.

Néanmoins. Je me sens d’humeur dramatique dans ce lieu, le Confort, au moment précis où j’écris ces lignes.
Un drame comme en vivent les personnages de fiction. Ce n’est pas réel, ça n’a pas de conséquences dans ma réalité concrète. Je ne veux absolument pas cette vie, celle de DJ. Je l’ai voulu autrefois et j’en ai eu un aperçu, j’ai joué dans des endroits intéressants en France et en Europe, mais je n’ai eu que des désillusion à la fin. Je ne regrette pas de ne pas m’y être enfoncé plus.
Je crois que c’est le fait d’être entouré de jeunes personnes qui accrochent sur l’électro. Je me sens seul. Je ne suis pas un danseur. Je ne fais pas la fête. Je joue du son. Mais je ne consomme pas. Et je trouve peu d’intérêt à ce que font les autres DJs.
La solitude est une sensation récurrente chez moi. Je vis bien avec. Me sentir isoler au sein de la foule me procure un sentiment de sécurité. Mais je suis paradoxal. J’aime être anonyme, parce que c’est ce que je suis, un lambda né au mois d’avril 69 du XXème siècle. J’ai déboulé dans ce monde de la volonté de gens qui ne m’ont pas demandé mon avis et qui ne se sont jamais posé la question de savoir comment j’allais le prendre une fois conscient de la chose. Mais je voudrais aussi qu’on me reconnaisse pour ce que je fais, ce que je suis, pas d’une manière idolâtre, juste comme on reconnaîtrait le travail d’un charpentier, une personne qui détient un savoir-faire. Je n’encourage pas cette tendance chez moi, je relativise et remets le vaniteux à sa place aussi souvent que je prends conscience de sa présence.

Je me suis posé la question de transmettre la vie à une autre être vivante. Je me suis demandé ce que cela allait impliquer pour elle. Ça aurait été une fille. Vivre c’est sentir H24, c’est être connecter à 100% à ce monde matériel qui peut procurer bien des choses, dont de la douleur, beaucoup de douleur. On ne nait pas toustes dans le confort et l’aisance. C’est même plutôt l’exception. Sur 9 milliard d’êtres humaines au moins la moitié sont dans une grande pauvreté et n’ont pas la garantie de voir le jour suivant. Beaucoup d’autres naissent handicapés physiques et mentaux, la moitié nait femmes avec tout ce que ça implique dans un monde dominé par le patriarcat. Et beaucoup de personnes cumulent tous ces handicaps sociaux et ont une vie douloureuses et écourtée.
Non. C’est ce que je me suis dit très tôt, vers 16 ans quand dans ma famille, comme dans beaucoup on commençait à envisager que je donne une descendance. J’ai dit non. On a rit devant tant de certitude, la certitude de l’immaturité, m’objectant que c’était une question de rencontre et non de décision personnelle. Et effectivement j’ai rencontré une personne pour laquelle j’ai remis en question mes certitudes. Et la chose qu’on appelle VIE a choisi pour moi. Le contrôle est une putn d’illusion dans laquelle nous nous baignons, ignorants et fiers comme des bars tabacs.
Il n’y a pas eu de suite. Retour au non. Retour à la réalité.
Très tôt j’ai pris conscience de ce que ma vie allait être. Trahison de la parole donnée. Une constante. Les humaines sont tiraillées entre leur envie sincère de bien faire, leurs désirs contre lesquels ils ont du mal à résister, et leurs peurs, celle de mourir étant la plus grande. La peur fait faire absolument n’importe quoi.
À ce stade de ma vie je n’en veux plus à personne. Je suis né. C’est un fait. Et comme je n’envisage pas de mettre fin à ma vie de manière volontaire ça durera le temps que ça durera.
Mes parents sont le produit d’un monde, d’une éducation, et de croyances. On m’a toujours répété que j’étais le fruit de l’amour, je suis celui qui est arrivé après une première petite personne qui n’est pas arrivée à terme, une soeurs ainée. Mais peut-être que je suis elle. J’aime bien penser que je suis une déclinaison de cette première version. Si on m’avait donné le choix j’aurais préféré être né fille. J’ai toujours préféré le corps féminin, plus adapté, plus résilient, plus endurant, bien plus abouti et complet que le corps masculin.
Mes parents ont sacrifié leur amour dans un divorce absolument dégueulasse 22 ans plus tard. Mais passons. L’amour est un concept de littérature qui n’a pas d’application dans la réalité.
L’amitié existe. L’amour. Nulle part.
Je suis pour remettre en cause la conception patriarcale de la famille. C’est par-là que la patriarcat façonne les humains équipés de pénis et en font des alliés et des prescripteurs d’un système qui les a précédé sans leur donner le choix.
Sans faire dans la victimisation, beaucoup d’Humains genrés Hommes sont moulés de force dans ce système de domination. Ça les empêche d’être eux-mêmes, d’explorer d’autres formes de masculinités, de laisser libre court à leurs émotions et de comprendre celles des autres.
Le patriarcat a longtemps criminalisé l’homosexualité pour cette raison. There is no alternative, you’ll be a man my son.
Fuck you!
Aujourd’hui une génération de jeunes hommes cis-genres gays ou straights veulent incarner autre chose. Et d’autres personnes veulent pouvoir choisir à quel genre ielles veulent appartenir et avoir la liberté de n’appartenir à aucun, ou encore pouvoir être des escargots ou des hippocampes tout au long de leur vie et changer en fonction des circonstances et des désirs. Les corps comme les esprits sont plastique et furieusement adaptatifs. Nous changeons en permanence. On appelle ça évoluer.
Comment? Pourquoi?
Parce que.
Faut-il toujours devoir justifier les choses qui nous concerne intimement?
Non.
Et l’état devrait se mêler de ce qui le regarde. Ce qui se passe dans l’intime de l’individue ne regarde qu’ellui. L’état civil est à notre service ainsi que les agents de l’état. On leur demande d’appliquer la loi pas de donner leur avis ni de culpabiliser les individues.

Autour de moi je vois une nouvelle génération d’êtres humains étonnamment mélangée et polymorphe qui a récupéré tous les codes que ma génération a inventé mais pas comme des consommateurs sans cerveau, pas comme des geeks. Je vous ai dit que j’avais un profond mépris pour les geeks? Je parle de ces consommateurs de produits conçus par l’industrie du divertissement qui ont comblé leur manque de culture générale par une culture de cours de récré vécue au premier degré. Ielles sont insupportables.
Je suis un gèn X, un membre des « baby bust ». Mes parents font parties des fameux « baby boomers ». La génération que j’observe au Confort autour de moi sont un mélange des générations Y, Z et Alpha – Appelons-les les ZYA pour le reste de ce récit. Ielles sont nées dans un décor de monde. Un monde qui a tout d’un parc de loisir fondé sur une économie de la nostalgie.
Ces générations de la fin du monde ont intégré tous les symboles des années 80/90/2000 avant le tout numérique. L’indépassable numérique, ce colosse aux pieds d’argile qui montre déjà ses limites strusturelles.
Ces symboles, ils leurs donnent d’autres significations, les récupèrent pour leur forme esthétique sans savoir d’où ils viennent, souvent, et ce qu’ils ont signifié pour leurs parents et leurs grandes frères et soeurs.
C’est bien.
Ces générations ont inventé sans le savoir la filiation amnésique. Libérées du poids du passé, pas d’enfermement dans d’autres imaginaires. Du hacking inconscient. Leur univers est un fourret-tout ludique et coloré. Même les goths sont devenus colorées.
ZYA invente autre chose, upcycle l’existant. ZYA bifurque. L’amnésie peut être subversive car elle rend imprévisible.
ZYA a un autre rapport au monde. Ielles socialisent différemment. ZYA change le monde minute par minute à l’insu des courants mainstream, des décideurs managers marketeurs et des algorithmes. Comme les nénuphars ielles recouvrent fleur à fleur l’étang. Et un jour, on se demande où est passé l’étang.
J’aime ZYA. Ielles performent l’innocence que leur âge devrait leur donner naturellement. Ielles sont écrasées par le poids d’un non avenir qui ressemble à une sombre promesse. Ielles font semblant d’être insouciantes. Ielles jouent à cache cache avec leur envie de mourir et des fois ielles la trouvent.
Mais souvent ielles trouvent aussi l’énergie de continuer. Parce que la vie, comme la naissance et la mort, n’est pas un choix, mais une énergie qui n’a que faire de la volonté des êtres conscientes que nous pensons être.
ZYA a quelque chose que X n’avait pas à son âge. ZYA a dépassée les utopies.
L’utopie c’est remettre constamment à demain en se satisfaisant du présent. Parce qu’on peux. L’utopie comme un passe-temps de privilégié.
ZYA a l’urgence chevillée au corps. Ielle n’a pas le temps. Plutôt que d’attendre un évènement déclencheur qui ne vient pas, les membres de ces générations concrétisent des possibilités, rendent concret des imaginaires avec les moyens du bord. Ielles font, illes n’attendent pas. S’ielles ne vivent pas maintenant ielles ne vivront jamais.
ZYA est militante, tout azimut, mais prudente envers le militantisme politique trop premier degré, ce militantisme qui a surtout bénéficié au status quo et qui n’a pas changé le monde. Pas beaucoup. Pas assez pour éviter la catastrophe.
Je suis trop ancien pour me mêler à ZYA, j’ai bientôt trois fois son âge. Je suis dans leur monde comme ielles sont dans le mien, nous partageons des valeurs et des aspirations communes mais ielles n’ont pas besoin de mes idées. Et encore moins de mes conseils.

J’ai plus de points communs avec ces générations que je n’en ai eu avec celles de mes parents et grand-parents. Les baby boomers étaient dans une illusion d’avenir dont ils pensaient pouvoir repousser indéfiniment l’horizon. Après le carnage des deux guerres mondiales, on pensait que le progrès sans fin était l’avenir. Je ne vais pas faire semblant d’être ce que je ne suis pas. J’ai toujours vu l’horizon.
Je discute beaucoup avec des membres de ZYA. Je les écoute, les regarde vivre. Ielles me plaisent. Ielles me surprennent souvent. Je ne les idéalise pas non plus, ce sont des humaines avec tous les défauts inhérents aux humaines.
La seule chose que je m’autorise à leur proposer c’est quelque chose de différent de la pollution des plateformes de streaming et des recommandations algorithmiques en matière de musique.
Quelque chose qui nous sorte toustes de cette culture nostalgique débiles, aseptisée et mortifère qui nous fait croire que les monde d’après World War 2 était génial, fac similé de quelque chose qui est un faux souvenir marketé et qui n’appartient ni à ma génération ni à la leur. Une pure création monstrueuse du capitalisme, comme un streaming d’influenceureuse Insta où tout ce qui apparaît à l’écran est un placement de produit, une marchandise à acquérir.
Ma génération est la première à n’avoir pas de fossé générationnel avec celle qu’elle a engendrée. Nous sommes les deux extrémités d’une même culture et nous allons affronter la fin du monde ensemble.
Nous avons un destin commun.

Liens vers les sites des artistes:
Coloc Drag
notinbed – Page Youtube – Page Wikipedia
Eloi – Page Youtube – Instagram
Les photos des artistes présentes sur cette page sont issues du portfolio de Lydie GZR et sont mises à disposition du public sous Copyleft Licence Art Libre – LAL
On se retrouve dans 15 jours. Bisous
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